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Contre le faux pardon et pour les autonomies

jeudi 13 mai 2021, par CNI

3 mai 2021

Campagne U Jeets’el le ki’ki’kuxtal
Territoire maya en résistance et en rébellion

Aujourd’hui, quand Andrés Manuel López Obrador demande pardon au peuple maya, nous nous demandons : qu’est-ce qui vient avec ce « pardon » ?

D’un côté, il parle de demander pardon, mais de l’autre il fait comme Porfirio Díaz à l’époque. Avec le pardon, il amène de grandes entreprises, sources de pillage, d’accumulation pour quelques-uns et de misère pour les peuples. Les militaires : agents de la violence et des disparitions les plus cruelles de notre histoire récente. Le développement : le progrès vu depuis l’Occident ; la richesse pour quelques-uns ; un mode d’exploitation et de pillage qui privilégie la mort et se perpétue depuis plus de cinq siècles, depuis la conquête de ce qu’ils ont appelé les Amériques, qui est imposé et détruit d’autres formes de vie, comme les nôtres, les peuples indigènes, les peuples mayas que nous sommes.

Le mal nommé Train maya, et de nombreux autres grands projets, comme les industries immobilières et touristiques, les parcs éoliens et photovoltaïques, les semences transgéniques et les exploitations agricoles en sont les représentants.

À quoi sert-il de demander pardon aux peuples mayas quand celui qui demande pardon représente, comme Porfirio Díaz, l’alliance déclarée avec les grandes entreprises et les militaires, la poursuite de la dévastation des forêts qui nous entourent et nous donnent la vie ; la pollution des eaux que nous ne pouvons plus consommer ; la spoliation du territoire que nous avons habité pendant des siècles et qu’ils veulent nous arracher ; et la terrible exploitation de notre peuple maya par le biais dudit « développement » qui nous rend esclave et nous tue.

À quoi sert-il de demander pardon aux peuples mayas quand celui qui demande pardon perpétue le racisme, la discrimination et le mépris des peuples ? Car il nous traite comme si nous étions des personnes sans émotion, sans raison, sans pensée, sans capacité de décider de notre avenir et de celui de nos peuples de manière collective, horizontale et depuis en bas, en dehors de la politique des partis qui divise tant nos sociétés. C’est justement cela l’enjeu : les possibilités de futurs pour de nombreuses façons de vivre et de s’organiser des peuples, des petites filles et des petits garçons, de la nature et de la vie même.

À quoi sert-il de demander pardon pour les dommages du passé quand, dans le présent, la colonisation de nos territoires et de nos corps, de nos émotions et de nos pensées persiste avec chaque jour plus de violence et d’intensité, quand en nous imposant les grands projets, on nous arrache notre territoire : la tranquillité des villages se transforme en une terreur que vivent à chaque instant les compañeras et compañeros de Cancun, Playa del Carmen, Tulum, Bacalar. Car ces lieux sont devenus des sièges régionaux, nationaux et même multinationaux de l’exploitation du travail, de l’insécurité généralisée avec les féminicides et assassinats, du trafic de drogue et des personnes. C’est cela le Développement dont ils parlent tant ? Ça ne serait pas plutôt le contraire ? Ce développement dont ils parlent ressemble bien plus à un enfer qui s’étend comme un fléau mortel sur les peuples.

À quoi sert-il de demander pardon à la Terre Mère quand les forêts sont en train d’être littéralement dévastées par l’agrobusiness, l’industrie immobilière et touristique, par les parcs éoliens et photovoltaïques qui ne produisent de l’énergie que pour leurs propres grandes entreprises, par le grand projet nommé « En semant la vie » (qui ne fait que semer la mort) ?

Demander pardon n’aurait de sens que si, immédiatement, on réparait les torts faits au peuple maya et qu’on le dédommageait pour les erreurs du présent, pour les décisions qui causent le désastre environnemental dans les territoires mayas : les concessions pour la culture de plants transgéniques et hybrides et l’utilisation de pesticides qui ont conduit à la grave pollution de la nappe phréatique et à la présence de glyphosate dans le sang et le lait maternel ; la déforestation de la forêt sacrée et la mort des abeilles et autres insectes natifs qui maintiennent les écosystèmes vivants et qui sont fondamentaux pour entretenir les cadres de vie des communautés mayas.

Non, Monsieur le Président, nous n’acceptons pas vos excuses !

Pas d’excuses cyniques et trompeuses.

Ce que nous exigeons et que nous avons exigé depuis longtemps, et qu’ont exigé d’autres manières nos ancêtres au cours des décennies et des siècles passés, c’est que soient respectés les droits des peuples indigènes, nos droits en tant que peuples mayas.

Nous exigeons l’arrêt du mégaprojet mal nommé Train maya !
L’arrêt des monocultures d’agriculture transgénique.
Des élevages de porcs qui polluent nos eaux.
Des entreprises éoliennes et photovoltaïques qui envahissent les terres.
Des politiques encourageant les industries de l’immobilier
et du tourisme massif qui dévaste la nature et la diversité de nos modes de vie
en défense de la vie même.

Autrement dit nous exigeons l’arrêt du développement capitaliste sur notre territoire maya.

On nous demande quelle alternative nous proposons.

Au moyen de notre campagne U Jeets’el le Ki’ki’ kuxtal (c’est-à-dire en d’autres mots : pour conforter la bonne vie/l’autonomie), nous proposons des formes de vie, et nous n’en proposons pas une mais beaucoup, celles des peuples que nous sommes. Ce que nous voulons, ce sont des autonomies qui nous permettent de vivre bien, en tranquillité avec la nature. Une vie digne.

Nous ne voulons pas qu’on nous demande pardon.
Nous exigeons le respect du droit d’exercer nos autonomies.
Nous sommes là, Monsieur le Président !
Nous sommes là, les peuples en lutte !
Nous sommes là et nous ne nous rendons pas !

Aujourd’hui, 3 mai, nous entendons encore l’appel de la Croix Parlante, l’appel de la liberté, l’appel des autonomies. Aujourd’hui, nous honorons nos ancêtres qui, comme en 1847, prirent les armes dans la mal nommée guerre des Castes pour défendre leur territoire, ce même territoire qu’aujourd’hui nous aimons et qu’à notre tour, nous devons défendre. Aujourd’hui est un grand jour pour notre mémoire en tant que peuples, un grand jour pour notre ritualité, dans notre spiritualité, celle des peuples en lutte.

Ici nous avons été, ici nous sommes et ici nous continuerons à être les peuples mayas !

Campagne U Jeets’el le Ki’ki’ kuxtal
Péninsule du Yucatán

Traduit de l’espagnol (Mexique)
par la Commission de traduction francophone.
Texte d’origine : Congreso Nacional Indígena.

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