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TOMSIN Marc, Émile [Dictionnaire des anarchistes]

jeudi 13 juin 2024, par Hugues Lenoir

Notice biographique du Maitron (dictionnaire des anarchistes, en ligne). Pour des raisons indépendantes de la volonté de l’auteur, la mise à jour achevée en juin 2023 n’a pas encore pu être actualisée sur le site du Maitron. La voici.

TOMSIN Marc, Émile [Dictionnaire des anarchistes]
Anarchiste (alias Bélial), né le 15 juin 1950 à Paris (XXe arr.), mort le 8 juin 2021 en Crète (Grèce) ; animateur du Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte, du site “La voie du jaguar” ; militant au syndicat des correcteurs CGT, éditeur.

Marc Tomsin résida à Paris XIXe jusqu’en 1974, puis, successivement, à Poitiers de l’automne 1974 à l’été 1976, à Toulouse jusqu’au printemps 1977 et à Barcelone jusqu’à l’automne 1979 où il revint à Paris. Il est le fils de Jacques Tomsin, né à Paris (20 septembre 1922 - 9 juillet 1970), et de Claudine Labadie, née le 9 octobre 1926 à Bayonne. Son père fut professeur de lettres classiques dans le secondaire jusqu’en 1965, puis assistant à l’université de Poitiers. Il avait participé au mouvement libertaire de l’après-guerre et était resté anarchiste de cœur, adhérent du SNES puis du SNESup et votant généralement PSU. Sa mère était infirmière des Hôpitaux de Paris, votait à gauche et sympathisa avec les libertaires lors des manifestations de Mai 68.

Marc Tomsin poursuivit ses études secondaires au lycée Voltaire à Paris (bac philo en 1969). En 1974, il s’inscrivit en philosophie à l’université de Poitiers dont il sera exclu suite à un boycottage actif des examens de l’été 1976 dans la perspective d’une remise en cause pratique de l’université et de son rôle social. Après une réinscription à l’université de Toulouse en 1976, il obtint une licence de philosophie.

Le lycée Voltaire fut le lieu de son premier engagement à l’automne 1967 sous l’influence des provos (Amsterdam, 1966), du Comité Vietnam national (CVN) puis des Comités d’action lycéens (1968). Il rejoignit la Jeunesse anarchiste communiste (JAC) en janvier 1968 et participa activement au mouvement de mai et juin 68 (assemblées, manifestations, émeutes), souvent en compagnie de Guil Teitler, compagnon de Voltaire, et de Madeleine Mallet (fille de Serge, fondateur du PSU). La lecture du Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations, de Raoul Vaneigem, eut sur lui une influence majeure.

De l’automne 1968 à 1971, il participa au Comité d’action place des Fêtes, déterminant une conception de l’auto-organisation fondée sur l’assemblée et totalement horizontale (sans direction ni secrétariat). Lorsque la brève histoire de la JAC prit fin en 1969, il rejoignit le réseau Informations correspondance ouvrières (ICO). Il se lia avec Christian Lagant (revue Noir et Rouge), correcteur d’imprimerie, dont l’anarchisme critique fut aussi une influence marquante. À cette époque, il travaillait comme magasinier aux NMPP (1971-1972) puis comme chauffeur-livreur au Monde, en 1973, en compagnie de Germinal Clemente, coursier, avec qui naquit une amitié complice qui s’épanouit à Barcelone en 1977.

La destruction du quartier de la place des Fêtes et la fin d’ICO (1973) provoquèrent le départ pour Poitiers puis Toulouse, tout en participant à la revue parisienne La Lanterne noire (1974-1977, première utilisation du pseudonyme Bélial) et à IRL (revue libertaire lyonnaise). Il rencontra à l’automne 1976 Maria Mombiola, qui propageait à Toulouse l’expérience des collectivités d’Aragon. Les chemins de Germinal et de Maria le mèneront à Barcelone et aux Journées libertaires internationales (juillet 1977) où il noua avec Diego Camacho (Abel Paz) une amitié indéfectible. À Barcelone, il participa au collectif Etcetera, avec Quim Sirera et Santi Soler (ex-MIL), et entama de longues discussions avec Xavier Garriga Paituvi (ex-MIL).

De retour à Paris vers l’automne 1979, il s’initia à la correction auprès de Georges Rubel et adhéra au syndicat CGT des correcteurs. Il travailla trois ans dans des imprimeries de labeur, ensuite à l’Encyclopædia Universalis puis dans la presse quotidienne (L’Humanité, 1987-1999, Le Monde, 1999-2006). Il fut membre du comité syndical – direction du syndicat des correcteurs élue annuellement – pendant sept ans, entre 1992 et 2001 ; il y fut chargé de la solidarité internationale et du placement (secrétaire au placement en 2001).

En 1985, il fonda, avec Angèle Soyaux – connue à ICO en 1970 – les éditions Ludd, qui publièrent jusqu’en 1998 des textes de Kraus, Panizza, Wedekind, Dagerman, Vaneigem....

À partir de 1993 Marc Tomsin a vécu durant vingt ans avec Eva Ruschmann, Sarroise de nationalité allemande, née le 13 septembre 1963 à Neunkirchen, traductrice puis correctrice, également membre du Syndicat des correcteurs. Leur résidence dans le nord-est parisien, Rue des cascades, donnera son nom à la maison d’édition qu’il crée en 2007. Dans les années 2010, il a commencé à se rendre régulièrement en Grèce où il noue des contacts avec des membres du mouvement libertaire à Athènes, Thessalonique, en Crète ou encore à Syros. Sans cesser ses voyages, notamment vers le Mexique et Barcelone, il s’est établi à Athènes en 2015.

Ses liens avec le Mexique le mènent à participer à la fondation du Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte (CSPCL) en janvier 1995. Un accord constructif et une solide amitié se nouèrent dans ce collectif avec les Mexicains Raúl Ornelas Bernal et Jorge Hernandez. En 1996, Marc Tomsin participa à la Rencontre européenne pour l’humanité et contre le néolibéralisme de Berlin (mai) et à la Rencontre intercontinentale au Chiapas (juillet). En 1997, Marianne Palmiéri réalisa sur le parcours libertaire de Marc Tomsin un documentaire de 28 minutes intitulé Anarchiste (G.H. Films). Une dizaine de séjours au Mexique entre 1996 et 2006 consolidèrent ses relations de solidarité avec les communes zapatistes du Chiapas. Il fit de fréquentes interventions en France et en Belgique, puis en Grèce, sur la situation au Mexique (Chiapas et Oaxaca). Outre les textes relatifs aux luttes des peuples indigènes au Mexique (collection « Les livres de la jungle »), il édita aux éditions Rue des cascades une série d’ouvrages de réflexion et de témoignage sur l’anarchisme et la guerre d’Espagne (l’argentin Christian Ferrer, des auteurs de l’exil libertaire espagnol tels que Tomás Ibañez et Freddy Gomez ; son entreprise de faire traduire et publier l’intégralité des mémoires de Diego Camacho/Abel Paz à l’attention des lecteurs francophones, commencée à la fin des années 2010, restera inachevée), ainsi que des coups de cœur politico-littéraires variés (Adien Dax, Jérôme Peignot, George Bataille, Malcolm Menziès, Métie Navajo…). Artisan et animateur, à partir de 2012, du site internet “La voie du jaguar”, relai d’information et correspondances pour l’autonomie individuelle et collective, il contribua à rendre accessible et diffuser un grand nombre d’écrits sur les luttes et réflexions critiques en cours dans diverses régions du monde.

Il meurt accidentellement en Crète le 8 juin 2021 après avoir participé à la reprise victorieuse du squat emblématique Rosa Nera, auquel le liait de solides affinités depuis 2012.


ŒUVRE : Articles pour La Lanterne noire, « De la grève sauvage à l’autogestion généralisée », n° 1, juillet 1974 ; « Charles Fourier et les détours de l’utopie », n° 4, décembre 1975 ; « Efficacité et stratégie... à la Lanterne ! » (lettre de rupture avec le groupe), n° 8, avril 1977. Fait paraître simultanément à Barcelone, dans la revue Ajo blanco, et à Paris, dans Les Temps modernes, n° 396-397, juillet-août 1979, les traductions espagnole et française de l’interview « Les irréductibles de Berlin » (Ralf Reinders, Fritz Teufel, Gerald Klöpper et Ronald Fritzsch, du Mouvement du 2-Juin). Articles pour Cantonade (journal du syndicat des correcteurs CGT). « Stig Dagerman, un escritor anarquista », publié en 1997 par Etcetera, à Barcelone, en annexe à Nuestra necesidad de consuelo es insaciable... (réédité en 2007 par Pepitas de calabaza, à Logroño, Espagne). Réponse à l’enquête de la revue Chiapas, « ¿Cómo ve Europa a los zapatistas ? », Chiapas n° 4, juin 1997, UNAM, Mexico ; en français dans Les Temps maudits, n° 1, juin 1997, Paris. Articles dans Le Monde libertaire : « L’expérience zapatiste du soulèvement des montagnes », « Par les sentiers de la création et de la rébellion », hors-série n° 21, juillet-août 2002 ; « Les barricades ferment les rues et ouvrent le chemin », hors-série n° 31, décembre 2006 - janvier 2007 ; « Le début d’un combat pour l’autonomie individuelle et collective », hors-série n° 34, mai-juin 2008.
Co-fondation des éditions Ludd (1985), création des éditions Rue des cascades (2007), animation du site internet du CSPCL (Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte, 1996-2011), création et animation du site “La voie du jaguar” (2012-2021)

Mise à jour : juin 2023

Hugues Lenoir

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